Love & Freedom. Version 02.

Love & Freedom.  Version 02.


<< Jeannot,
............................Tu leur diras de raconter notre histoire, dans leur monde libre. Que nous nous sommes battus pour eux. Tu leur apprendras que rien ne compte plus sur cette terre que cette putain de liberté capable de se soumettre au plus offrant. Tu leur diras aussi que cette grande salope aime l'amour des hommes, et que toujours elle échappera à ceux qui veulent l'emprisonner, qu'elle ira toujours donner la victoire à celui qui la respecte sans jamais espérer la garder dans son lit.
Dis-leur Jeannot, dis-leur de raconter tout cela de ma part, avec leurs mots à eux, ceux de leur époque. Les miens ne sont faits que des accents de mon pays, du sang que j'ai sur la bouche et sur les mains. >>
Marc Lévy.



<< This year I wished for love. To immerse myself in someone else and to wake a heart, long, afraid to feel. My wish was granted. If having that is tragic, then give me tragedy. >>


Kristen Stewart as Lucie
Jensen Ackles as Philipp
Jake Gyllenhaal as Antoine
Mélanie Laurent as Louise
J.K. Simmons as Jean


Contexte historique.
1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne. Deux jours plus tard, le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni qui soutiennent la Pologne déclarent la guerre à l'envahisseur de cette dernière. La seconde guerre mondiale est déclenchée. Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement français, appelle "à cesser le combat". Le 22 juin, après 5 semaines de lutte, une convention d'armistice est signée à Rethondes, faisant de la France un état vaincu, soumis et dominé. Quatre jours plus tôt, le 18 juin, le Général de Gaulle avait lancé un appel depuis Londres. " Rien n'est perdu car c'est une guerre mondiale".
Ce jour-là, très peu de français entendent cet appel passé sur les ondes de la BBC. Cependant au cours des mois, de plus en plus de français se rassemblent. Ils forment la Résistance.
La France est divisée en deux : la zone occupée au nord et la zone libre au sud.

Toulouse, novembre 1942.
Les Allemands envahissent la zone libre en réponse au débarquement allié en Afrique du Nord.
Lucie, jeune fille de 17 ans, refuse la vie qui lui est à présent offerte. Elle veut la liberté à tout prix. Philipp, soldat Allemand de 21 ans, est chargé de s'assurer de la bonne soumission et collaboration des habitants de la ville. Une seule rencontre et la différence entre Bien et Mal n'est plus si claire que la veille. Tout devient flou, boulversé. Et les questions prennent leur place dans les esprits.



Enorme merci à ma BFF d'amour pour ce superbe montage !
Whaou, vraiment je l'aime =)

# Posté le samedi 07 février 2009 11:57

Modifié le mardi 25 août 2009 08:58

« Le souvenir est le parfum de l'âme. » George Sand

« Le souvenir est le parfum de l’âme. » George Sand
Prologue.

Certaines histoires commencent par Il était une fois, pas celle-ci. Pourquoi ? Parce que celle-ci n'est pas l'histoire d'une princesse, ou plutôt si. L'histoire d'un princesse qui l'est devenue grâce à son courage, sa détermination et sa lutte. Elle n'est pas tombée amoureuse d'un prince charmant, ou plutôt si.
Alors, puisqu'il en est ainsi, il était une fois...



« Juillet 1994, Toulouse. »


Léanne était assise au milieu d'un champs. De grosses larmes roulaient sur ses joues. C'était fini. Elle l'avait deviné dès qu'elle avait vu son visage. Il ne pouvait rien lui cacher, elle le connaissait trop, et trop bien. Elle avait 17 ans et commençait à découvrir combien la vie pouvait être douloureuse. Léanne s'allongea sur le dos et laissa son esprit vagabonder parmi les nuages. Elle s'endormit. Elle rêva de lui bien sûr, même si elle savait que lui ne rêverait plus d'elle.
Elle fut réveillée par les pas de sa grand-mère, Lucie. Des pas légers, presque imperceptibles, mais Léanne connaissait si bien ces terres. Elle en connaissait tous ses recoins, toutes ses cachettes. Elle se redressa et fit face à la vieille femme qui s'arrête, surprise.

« Tu m'as entendue. »

Léanne sourit.

« Ce n'était pas compliqué, j'étais allongée par terre.
- Je crois qu'un jour, tu connaitras ces terres aussi bien que je les connais. »


Elle aperçut les larmes encore chaudes sur les joues de sa petite fille.

« Chagrin d'amour, n'est-ce pas ? » Souffla-t-elle.

Léanne écarquilla les yeux.

« Comment sais-tu ? »
« Ah... J'ai eu ton âge avant toi, ma chérie. Et je dois dire que je m'en souviens encore comme si c'était hier. »


Lucie ferma les yeux, laissant la douce brise lui rappeler sa jeunesse.

« Tu me ressemble tellement. » Murmura la vieille femme.

Léanne observa sa grand-mère. Elle scruta son visage, ses yeux bleus, sa bouche, ses rides. Elle avait dû être si belle à une époque...

« Tu auras bientôt tes dix-huit ans Léanne, et cela fait longtemps que les miens se sont enfuis.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je crois juste qu'il est temps de te faire part d'une histoire, de mon histoire...Une histoire que je n'ai jamais révélée à personne. »


Léanne écoutait, attentive.

« C'est une histoire d'amour, mais aussi de violence, de massacres, de guerre et d'amitié... C'est une histoire de courage et de peur, de rêves et de désillusions. Cette histoire se passe au milieu d'une des pires crises de l'humanité, et pourtant, c'est une histoire de passions. Et de drames. Mais ce que je vais te raconter est avant tout une histoire d'amours. »

La vieille femme sentit son c½ur frémir. Elle réalisa alors que ses plaies n'étaient pas cicatrisées et qu'elles ne le seraient jamais vraiment. Un tourbillon de visages bouleversa sa mémoire. Chaque détail lui revenait, comme si elle y était encore. Comme si cette histoire ne s'était jamais terminée. Tout était là, intact.

« J'avais 17 ans en 1942. Le mois de novembre était là. Plus froid que jamais. Et pourtant, mon âme toute entière s'apprêtait à être brûlée vive. »

# Posté le dimanche 08 février 2009 08:34

Modifié le lundi 20 avril 2009 10:00

******Novembre 1942******


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<< Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté >>

Paul Eluard_

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[Leur Histoire commence ici.]
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# Posté le dimanche 08 février 2009 14:33

Modifié le mercredi 01 avril 2009 17:30

« This year I got everything I wanted and everything I wished for. But, in a way, I lost even more. » Haley, One Tree Hill.

«  This year I got everything I wanted and everything I wished for. But, in a way, I lost even more. » Haley, One Tree Hill.
Musique

Lucie laissa retomber le rideau de la fenêtre d'un geste rageur. Elle descendit les marches de l'escalier quatre à quatre, manqua de tomber, et se retrouva bientôt dans une vaste pièce rectangulaire qui semblait être une cuisine. Elle cherchait quelque chose, quelqu'un. Ne voyant personne, elle se mit à crier.

« Papa ! Papa ! Où es-tu ?? »

Un homme grand, le cheveu grisonnant, les yeux clairs entra en courant.

« Lucie, qu'y-a-t-il ?
- Tu les as vus ? »
S'écria-t-elle.

Son père baissa la tête et s'assit sur une des chaises qui entouraient la table centrale. Il savait pertinemment que cette conversation arriverait. Si seulement il avait pu la repousser indéfiniment. Si seulement cette guerre n'avait jamais eu lieu.

« J'en étais sûre ! » Ragea-t-elle.

Elle lança un regard accusateur à son père.

« Tu le savais, hein ? »

Jean posa sa tête entre ses mains. Il ne savait plus quoi dire à sa fille. Oui, ils les avaient vus. Mais, comment lui apprendre que ces êtres qui lui avaient enlevé l'amour maternel étaient arrivés jusque ces terres, jusque leurs terres.

« Qu'est-ce qu'ils font ici ? » Demanda Lucie.

Jean regarda sa fille, une lueur de désespoir dans les yeux.

« Papa ! Qu'est-ce qu'ils font ici ?? Ils n'ont aucun droit de marcher, de respirer ici ! C'est chez nous ! Qu'est-ce qu'ils veulent de plus, hein ? Ils nous ont déjà tous pris !
- Lucie...
Souffla l'homme.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Lucie, arrêtes.
-Pourquoi tu ne me dis rien ? Pourquoi tu me fais croire que tout va bien alors que tout va mal ? Pourquoi ? »


La voix de la jeune fille se brisa sous la colère et la frustration.

« Que voulais-tu que je te dise ?
- La vérité ! Je suis assez forte pour l'encaisser, même si elle est moche. »


Lucie s'assit en face de son père et pose sa main sur son poignet.

« Papa, laisses-moi vous aider, s'il te plaît.
- On en a déjà parlé Lucie, c'est non.
- Je suis française ! J'ai le droit d'aider mon peuple !
- Tu es aussi juive Lucie ! Et en ce moment, c'est ce qui compte le plus !
- Mais, Papa, vous n'êtes plus assez ! Aujourd'hui, ils ont passé la ligne de démarcation ! Où seront-ils demain ?
- A présent, ils ont le droit d'être ici. Je l'ai lu, il y a quelques jours, dans l'Action Française. Le gouvernement de Vichy a été obligé de céder face à la pression allemande après le débarquement des alliés en Afrique du Nord.
- Tu lis l'Action Française ?
S'étonna Lucie.
- Oui, je dois me tenir informés des dernières lois, de l'actualité des allemands et de Vichy. »

Le père et la fille s'affrontèrent du regard de longues minutes. Mais lui savait qu'il était trop tard, elle avait choisi et il ne pouvait pas le lui reprocher.

« Je le ferais avec ou sans toi, papa, mais ce sera plus dur sans ton aide.
- Lucie, je viens de te le dire, c'est non. Ce n'est pas la peine que tu rajoutes résistante à ton dossier ! Il ne manquerait plus que ça ! Tu vas finir par te faire tuer si tu continues ! Je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose qu'a ta mère.
- Tu as entendu ce que je viens de te dire, je n'ai rien d'autre à ajouter.
Lâcha la jeune femme avant de sortir dans le jardin.
- Lucie... »

Jean étouffa quelques sanglots. Il ne pouvait pas craquer. Plus maintenant. Elle avait besoin de lui. Elle se disait forte, mais que connaissait-elle à la guerre ? Ici, elle avait toujours été à l'abri, du moins jusqu'à ces jours-ci.



Lucie marcha longtemps. Il faisait nuit noire mais elle n'avait pas peur. Elle connaissait ces terres par c½ur. Ces sentiers, ces champs, ces forêts, elles les avaient parcourus des milliers de fois sous la pluie, la neige, le vent ou la nuit. Elle avait froid mais s'interdisait d'y penser. Elle ne devait pas faiblir, ils ne pouvaient pas gagner. Plus jamais. Pas tant qu'elle serait vivante. Elle s'appuya à un arbre et se laissa glisser contre lui. Lorsqu'elle heurta le sol, elle sentit la poussière de la terre sous ses mains. Cela faisait des semaines qu'il n'avait pas plu. Les forêts étaient sèches, tout comme ses joues. Elle n'avait laissé couler aucune larme depuis des mois. Onze exactement. Depuis ce jour où ils lui avaient enlevé sa mère. Ce jour même où elle s'était vidée de toute eau voyant ces monstres. Et où, devant leur dureté, elle avait ravalé ses larmes et s'était promis que jamais plus, elle ne laisserait paraître une telle faiblesse devant eux. Jamais plus. L'orage gronda et la pluie ravagea ses cheveux. Lucie ferma les yeux, et malgré elle, malgré sa volonté et sa colère, malgré sa force et sa rage, malgré son courage et sa détermination, les larmes dévalèrent ses joues, rongèrent son visage et dévorèrent ses yeux. Elle laissa échapper un sanglot et s'écroula. Sa tête heurta le sol. Alors, des images lui revinrent par centaines, des images de souffrance, de pleurs, de douleur et de désespoir. Insoutenables. Lucie remua et tenta de se défaire d'une emprise invisible. Elle cria à plusieurs reprises et tapa le sol du poing. Elle ne voulait en aucun cas revivre ce cauchemar. Ce cauchemar... qui était réalité. Elle sentit sur ses lèvres le gout salé de ses larmes et ne résista plus, elle laissa ses souvenirs emplir sa tête et, brusquement, son passé reprit le dessus.


Août 1941, un hameau en Normandie. FLASH-BACK

Lucie était agenouillée derrière des buissons. Une main étouffa le cri qu'elle s'apprêtait à pousser. Lucie se retourna et reconnut Antoine, son frère. Elle plongea ses yeux dans les siens pour tenter de lui faire comprendre sa détresse. Son frère acquiesça, il savait. Elle baissa la tête et sentit comme des gouttes de pluies sur ses joues. Du pouce, Antoine essaya de les effacer. Du même geste, il voulait effacer la douleur de sa soeur, même s'il savait qu'il échouerait. Il est des douleurs trop profondes pour qu'elles soient effacées, ni même effaçables. Lucie fixait les doigts de son frère afin d'empêcher les larmes de couler. Des hurlements détournèrent son regard.
D'abord, elle vit la silhouette de son père, effondré. Puis, elle aperçut le visage de sa mère, ses yeux verts engloutis sous les larmes, ses longs cheveux bruns en désordre. Enfin, elle les vit eux. Ces visages, rieurs devant tant de désespoir, ces sourires, ces fossettes. Ces fossettes. Un homme attrapa les cheveux de sa mère et lui cracha au visage. Lucie voulut se lever mais Antoine resserra son emprise sur elle.

« Sale yupin ! Tu me dégoutes ! Comme tous les autres de ta race ! Comment osez-vous vous tenir ainsi que les êtres humains ? »

Il la projeta à terre à l'aide d'une gifle.

« Là ! Tu es au niveau que tu mérites. Miststück ! » Ria-t-il.

Les autres sourirent. La voix brisée par les sanglots, Lucie chuchota : « Maman... »

FLASH-BACK

Soudain, elle reprit conscience. Elle se releva brusquement. L'orage avait cessé. Elle toucha son visage et sentit de la terre collée contre lui. Elle remarqua alors une présence proche d'elle. Un homme de quelques années son aînée se tenait face à elle, l'observant sans la moindre retenue ou une quelconque gêne.

# Posté le lundi 09 février 2009 15:27

Modifié le lundi 20 avril 2009 10:31

"Je vais t'aimer demain, aujourd' hui je ne te connais pas encore." Marc Levy, Les Enfants de la Liberté.

"Je vais t'aimer demain, aujourd' hui je ne te connais pas encore." Marc Levy, Les Enfants de la Liberté.
Musique

Lucie n'osa pas bouger. Elle l'observa et fut touchée par le désespoir qui émanait de ses yeux. Ses yeux d'un vert presque cruel. Elle ne pouvait détacher son regard du sien et était fascinée par son visage. Il avait souffert, ses traits en faisaient l'aveu.

Il n'osait pas bouger. La détresse de cette jeune fille lui faisait mal. Il se demandait ce qui avait bien pu la tourmenter ainsi quelques instants plus tôt. Elle paraissait encore une enfant mais de celles qui avaient vécu plus que la majorité des prétendus sages. Qui était-elle ? Il aurait voulu s'en retourner, ne pas s'impliquer, comme on le lui avait appris. Les mots de son père raisonnaient dans sa tête. « Ne souris pas, ne discutes pas. Tu n'y vas pas pour te faire des amis. Tu y vas pour faire régner l'ordre. » Trop tard. Il avait déjà peur pour elle. Elle n'était pas à sa place dans ce monde, une trop grande innocence se dégageait de ses yeux apeurés. Apeurés, et haineux. Il sentit que le lien entre eux était fragile. Il fit un pas vers elle.

« Philipp. » Dit-il.

Elle fut touchée par le son de sa voix. Elle était brisée mais forte, douce mais grave. Dans ce prénom, elle entendait un appel à l'aide.

« Je m'appelle Lucie. » Répondit-elle.

Sa voix apaisa le jeune homme et, paradoxalement, confirma ses peurs. Elle était jeune, trop jeune pour ce monde, pour cette guerre et ces horreurs. Juste pour elle, il aurait souhaité pouvoir arrêter ces massacres. Ou, au moins, l'en protéger. Mais il était impuissant...

Elle voulut s'approcher mais il leva son bras et elle s'arrêta. Il ne devait pas s'impliquer. Il ne devait pas s'impliquer. Mais toute volonté, s'il n'en avait jamais eu, s'était évanouie. Il releva les yeux et les plongea dans ceux de son interlocutrice. Conscient que ce qu'il faisait ne pourrait mener qu'à du malheur, pour elle comme pour lui, il détourna la tête et s'éloigna doucement vers le creux de la forêt.

Une chambre blanche. Un lit au centre. Un couple endormi et enlacé. Son nez à lui enfouit dans ses cheveux à elle. Leurs respirations pour seule musique. Soudain, il ouvrit les yeux, et sourit. Elle sentait bon. Il était heureux. Elle se retourna et lui fit face. Il lui caressa la joue.

« Bonjour.
- Boujour. »
Chuchota la jeune femme.

Ils s'embrassèrent tendrement. Ils s'aimaient, simplement, sans artifices.

« Epouses-moi. » Souffle l'homme.

Elle se leva et s'assit sur le lit, l'air triste.

« Arrêtes... On ne peut pas, tu le sais. » Dit-elle, les yeux dans le vague.

Il s'assit à côté d'elle et déposa son visage sur l'épaule de la jeune femme.

« Quand je t'ai demandé de me suivre ici, j'ai promis que je te rendrais heureuse, que je t'épouserais, que je fonderais une famille avec toi. » Murmure-t-il dans le creux de l'oreille de celle qu'il aime.

Silence.

« Louise, peu importe ce que disent les lois, je t'aime. Continua-t-il. Et il y a sûrement beaucoup de choses que je ne pourrais pas t'offrir...Mais faire de toi ma femme n'en fait pas parti. Je sais qu'en ce moment la vie est dure et que tu n'es pas forcément très épanouie. Je sais que tu te sens seule quand je ne suis pas là. Je sais que tu as besoin de moi et que je suis souvent absent mais...
- Je suis enceinte.
Coupa-t-elle.
- Quoi ? Demanda-t-il, pas sûr d'avoir bien compris.

Elle se retourna et plongea dans ses yeux.

« Je suis enceinte, Antoine. On va avoir un bébé. » Sourit-elle.

Il lâcha un sourire. Et une larme, par la même occasion.

« Mais...Comment tu le sais? Tu as vu un médecin ?
- Certains symptômes ne trompent pas. »
Dit-elle, malicieuse.

Il lui caressa la joue. Encore.

« On va avoir un bébé ? »

Elle acquiesça en souriant. Il lui toucha le ventre, émerveillé. Antoine laissa un sourire hébété s'étaler sur son visage. Un enfant...C'était une touche d'espoir. Un petit être et ils pouvaient y croire encore.

« Je l'ai senti ! S'extasia le jeune homme.
- C'est ça...Rigola Louise.
- Je te promets que je l'ai senti. Il a de la force ! Ce sera un garçon.
- Antoine, ce n'est qu'une graine encore!
- Très vigoureuse, cette graine. »


Elle rit devant l'air enfantin d'Antoine. Il se leva, déposa un baiser sur ses lèvres.

« Je dois y aller.
- Où ?
- Tu sais bien que...
-"Si je pouvais te le dire, je te le dirais."
Récita-t-elle. Je sais. J'essayais juste, tu ne peux pas m'en vouloir. »

Il la regarda tendrement. Il savait qu'il ne mesurait pas bien la chance qu'il avait.

« Je t'aime. »

Elle sourit.

« Nous aussi. » Répondit-elle.

Il s'en alla, prit un air hésitant, puis se retourna et revint vers elle, vers eux. Il embrassa le ventre de Louise.

« Au revoir, petite graine.
- Va-t-en ! »
Rigola Louise, en le poussant du bout du pied.

Antoine marcha à peine dix minutes avant de se retrouver devant un vieux portail rouillé. Il tourna la poignée et rejoignit une vieille porte en chêne, quelques mètres puis loin. Il la poussa doucement et entra.

« Papa ? » Interrogea-t-il.

Pas de réponse. Il monta à l'étage.

« Papa ?
- Je suis là... »
Répondit une voix rauque.

Antoine avança jusque la pièce d'où semblait provenir le murmure. Il passa l'entrebâillement de la porte et aperçut son père, assis sur un fauteuil, le visage entre les mains. Antoine se précipita vers lui.

« Papa! Qu'est-ce qu'il y a ? Il est arrivé quelque chose à Lucie?
- Lucie...
Souffla Jean.
- Papa ? »

Il le regarda, interrogateur, cherchant à déceler un quelconque indice dans les yeux de son père.

« Elle n'est pas rentrée hier soir. Nous nous sommes disputés, elle est partie, elle n'est pas rentrée. Expliqua Jean.
- Elle est peut-être seulement dans les champs, tu sais qu'elle adore y passer son temps.
- Même si ce n'est que cela Antoine, elle doit faire attention.
-Papa, ne t'inquiètes pas, elle doit sûrement être entrain de tourner en rond, ne sachant pas comment s'excuser. Pourquoi vous êtes-vous disputés ? »
Voulut-il savoir.

Jean leva les yeux vers son fils. Il le regarda silencieusement quelques instants.

« Toujours pareil, hein ? Dit Antoine.
- Elle ne veut pas comprendre que nous sommes en guerre ! Elle risque gros.
- Je pense qu'au contraire elle le comprend mieux que beaucoup de gens ici. Elle a perdu sa mère, moi aussi d'ailleurs et elle ...
- Et moi j'ai perdu ma femme !
Coupa Jean avec colère. Et je n'ai aucunement l'intention de perdre un de mes enfants en plus. Tu sais aussi bien que mois que Lucie est trop fragile. »

Antoine n'ajouta rien. La bataille était perdue d'avance. Il savait qu'il ne pourrait rien face à l'inquiétude de son père. Il était effrayé par l'idée que sa s½ur soit résistante, mais il craignait encore plus qu'elle fasse des bêtises si on l'en empêchait.

« Il faut que l'on aille voir Le Chêne aujourd'hui, je te rappelle. » Déclara Antoine après quelques minutes.

Jean se leva tristement.

« Sors les vélos du garage, je te rejoins dans quelques minutes. » Répondit Jean.

Antoine descendit dans la cuisine, prit deux pommes et sortit dans le jardin. Jean, quand à lui se dirigea vers sa chambre. Il s'assit sur son lit et saisit le cadre qui reposait sur sa table de nuit. Il l'observa quelques secondes puis s'attarda sur le visage d'une jeune femme d'une trentaine d'année. Elle tenait dans ses bras un bébé d'à peine quelques mois. Un garçon d'environ six ans s'agrippait à sa robe. La jeune femme riait aux éclats.


Août 1924, Toulouse. FLASH-BACK

« Papa! Papa! Cria une petite voix.
- Qu'est-ce qu'il se passe Antoine ?
- Viens voir, viens voir. »


Antoine se mit à courir vers la maison. Jean le suivait. Il entra par la lourde porte de chêne.

« Ahava ! Qu'y a-t-il ? Un problème avec le bébé ? S'inquiéta Jean.
- Non, pas de problème, elle vient juste de rire.
- Quoi ? »


En face de lui, sa femme ne savait si elle devait rire ou pleurer.

« Elle a rit, quel son magnifique ! J'avais oublié à quel point c'était joli ! »

Jean sourit et embrassa sa femme. Témoin d'un tel bonheur, il ne put s'empêcher d'immortaliser l'instant. Accompagné d'Antoine, il mit en place l'appareil photo.

FLASH-BACK.

Jean sourit, posa un baiser sur le visage en noir et blanc d'Ahava et sortit de la pièce.

# Posté le jeudi 26 février 2009 11:03

Modifié le lundi 20 avril 2009 10:34